Expédition antarctique française (1903-1905) : commandée par le dr. Jean Charcot. Sciences naturelles : documents scientifiques

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Expédition antarctique française (1903-1905) : commandée par le dr. Jean Charcot. Sciences naturelles : documents scientifiques

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Expédition  Antarctique  Française 

(1903-1905) 


co.mmandep:  par  le 


D-^    Jean    CHARCOT 


CARTE  DES  RÉGIONS  PARCOURUES  ET  RELEVÉES 

PAR     L'EXPÉDITION    ANTARCTIQUE    FRANÇAISE 


Membres  de  l'État-Major  : 
Jean  Charcot  —  A.  Matha  —  J.  Rey  —  P.  Pléneau  —  J.  Turquet  —  E.  Gourdon 


OUVRAGE  PUBLIÉ  SOUS  LES  AUSPICES   DU  MINISTERE  DE  L  INSTRUCTION   PUBLIQUE 

sous     LA     DIRECTION     DE 

I..  JOUBIN,  Professeur  au  Muséum  d'Histoire  Naturelle 


2f>c.C^ 


EXPEDITION 

ANTARCTIQUE   FRANÇAISE 

(1903-1905) 


COMMANDEE    PAR    LE 


D-^   Jean    CHARCOT 


SCIENCES  NATURELLES  :  DOCUMENTS  SCIENTIFIQUES 


POISSONS 


Léon    VAILLANT 

Professeur    au    Muséum    d'Histoire    naturelle 


PARIS 
MASSON    ET    0%    ÉDITEURS 

120,  Boulevard  Saint-Germain,   120 

Tous  droits  de  traduction  et  de  reproduction  réservés  pour  tous  pays. 

Made  in  .rrance 


LISTE   DES   COLLABORATEURS 


Lea  mémoirea  précédée   d'un  astéi^isque  ont  paru. 


MM.     TitouESSART Mtnnmifèn'x. 

Ménégaux Oiseaux. 

*  Vaillant Poissons. 

«  Sluiter Tuniciers. 

*  Vayssièbe Nudibranches. 

*  JoLBiN Céphalopodes. 

*  Lamy Gastropodes  et  Pélécypodes. 

*  Thiklk A  inphineures. 

Cari Collemboles. 

RouBAUD Diptères. 

Trouessakt Acariens. 

Bouvier Pycnogonides. 

*  CouTiÈRE CrustacésSchisopodes  et  Décapodes. 

M'"^    *  RicHARDSON Isopodes. 

MM.  *  Chevreux A mphipodes. 

*  QriDOR .' . .  Copépodes. 

NoBiLi Ostracodes. 

CEhlert Brachiopodes. 

Calvet Bryocoaires. 

Gravier Polychètes. 

Hérubel Géphyriens. 

Jàgerskiôld Nématodes  libres. 

Railliet Nématodes  parasites . 

Blanchard Cestodes . 

GuiABT Trématodes . 

JouBiN Némertiens. 

H  allez Planaires. 

Ed.  Perbier Crinoïdes. 

*  Kckhler Stellérides,  Ophiures  et  Echinides. 

*  Vaney Holothuries . 

.  Houle Alcyonaires . 

Bedot Siphonophores. 

*  Billard Hydroïdes . 

TopSENT Spongiaires. 

Turquet Phanérogames. 

Cardot Mousses . 

Hariot .1  Igues . 

Petit Diatomées . 

GouBDON Géologie,  Minéralogie,  Glaciologie. 


POISSONS 

Par  M.  LÉON  VAILLANT 

PROFESSEUR    AU    MUSliUM    d'hISTOIIIE    NATURELLE 


La  connaissance  des  Poissons  de  la  Région  antarctique  est  de  date 
relativement  récente,  ces  contrées,  d'un  accès  difficile,  où  la  navigation 
est  particulièrement  pénible  et  périlleuse,  n'ayant  été  explorées  avec 
quelques  succès  qu'au  commencement  du  xi'  siècle.  L'Expédition  de 
r  «  Astrolade  ;>  et  delà  «  Zélée  »,  sous  le  commandement  de  Dumontd'Ur- 
ville  (  1 837-1 840),  est  l'une  des  premières  comme  importance  scientifique  ; 
malheureusement,  pour  le  pointqui  nous  occupe,  Hombron  etJacquinot, 
naturalistes  cependant  très  expérimentés  attachés  à  ce  grand  voyage, 
n'ont  rapporté  de  cette  région  aucun  document  concernant  l'ichtyologie. 

Dans  l'Expédition  entreprise  en  quelque  sorte  au  même  moment  par 
James  Ross  (1839-1843),  il  n'en  a  pas  été  de  même,  et  Richardson  a 
établi  d'une  manière  si  complète  les  grandes  lignes  de  la  faune  des 
Poissons  antarctiques  que,  dans  ce  qu'elle  a  de  fondamental,  peu  y  a 
été  ajouté  depuis,  dès  l'instant  que  les  genres  C/iœnichthys,  Harpagifer 
et  par-dessus  tout  Nutothenia,  en  constituent  encore  à  l'heure  actuelle  la 
caractéristique. 

Au  reste,  il  serait  inutile  de  refaire  ici  une  étude  historique,  très  com- 
plètement exposée  par  M.  DoUo  dans  un  ouvrage  récent,  dont  il  sera 
plus  loin  question. 

11  est  toutefois  important  de  définir  d'abord,  autant  que  le  permettent 
nos  connaissances,  ce  que  l'on  doit  regarder  comme  Région  polaire 
australe  ou  Région  antarctique.  M.  le  D'  Trouessart,  qui  a  introduit  la 
notion  de  cette  division  dans  les  études  zoogéographiques,  l'a  limitée 
arbitrairement  à  la  ligne  isotherme  aérienne  0°C.  Comme  il  s'agit  ici  exclu- 

Expédilion  Chaicot.  —  Vaillant.  —  Poissons.  1 

45977 


2  POISSONS. 

sivement  d'animaux  aquatiques,  il  est  préférable  de  prendre,  dans  le 
même  ordre  d'idée,  une  isotherme  basée  sur  la  température  maritime, 
et  l'on  s'est  arrêté,  pour  l'hémisphère  austral,  à  celle  de  7°  C,  qui, 
passant  par  le  détroit  de  Magellan,  suit  à  peu  près  les  ST  et  52° parallèles 
de  latitude  sud.  Cette  limite  paraît  très  naturelle  et  bien  en  rapport 
avec  une  faune  spéciale;  mais,  pour  partager  cette  Région  antarctique 
en  subdivisions  acceptables,  les  données  biologiques  positives  font 
jusqu'ici  défaut.  On  a  donc  encore  invoqué  une  notion  thermique,  la 
limite  d'extension  extrême  nord  de  la  banquise,  qui,  à  quelques  degrés 
plus  au  sud,  vers  60°  à  62°  de  latitude  environ,  est  irrégulièrement 
concentrique  à  la  limite  précédemment  indiquée. 

En  somme,  on  distinguerait  ainsi  une  Sous-Région  subantarctique  ou 
magellanique  comprise  entre  l'isotherme  de  7°  et  la  limite  d'extension  de 
la  banquise,  et  une  Sous-Région  antarctique  proprement  dite,  comprenant 
tout  l'espace  polaire  inclus  dans  cette  dernière. 

La  Sous-Région  subantarctique  renferme  comme  terres  :  l'archipel  de 
Magellan,  les  îles  Malouines,  Marion,  Kerguelen,  Campbell,  Macqua- 
rie,  etc.  ;  la  Sous-Région  antarctique  proprement  dite  :  la  Géorgie  du  Sud, 
les  Sandwich  du  Sud,  les  îles  Ronnet,  Doughesty,  enfin  le  continent 
encore  très  imparfaitement  limité  qu'on  désigne  sous  le  nom  d'Antarctide 
avec  toutes  les  îles  et  îlots  qui  en  dépendent. 

Il  n'est  guère  possible  aujourd'hui  d'aller  plus  loin,  et  la  proposition 
faite  par  M.  Dollo  de  délimiter  la  Sous-Région  antarctique  proprement  dite 
parle  cercle  polaire  passant  environ  au  66°  de  latitude  sud  ne  repose, 
de  son  propre  aveu,  que  sur  des  considérations  purement  géodésiques  et 
par  conséquent  sans  liaisons  directes  avec  les  notions  biologiques,  d'après 
lesquelles  doivent  être  établies  de  semblables  divisions.  M.  Lonnberg  a 
déjà  insisté  sur  ce  point  (l)et  s'arrête  à  une  limite,  placée  vers  le  61°  de 
latitude  sud,  coïncidant  avec  la  ligne  isothermique  de  0°  C.  environ. 
Cet  auteur  convient  —  et  l'on  ne  peut  pas  ne  pas  être  de  son  avis  —  que  les 
notions  océanographiques  sur  ces  contrées  sont  trop  incomplètes  pour 
qu'on  puisse  encore  fixer  une  délimitation  réellement  positive.  Il  n'est 

(I)  EiNAR  Lomndehg,  1905,  The  Fishcs  of  the  Swedish  South  Polar  Expcdilion  {Siccdiscken  Siiclpo- 
lar-Expedition,  1901-1903,  unter  Seitung  von  Dr.  Otto  Nordenskjold,  Bd.  V,  Lieferung  6,  page  3). 


POISSONS.  3 

pas  douteux  d'ailleurs  que  la  température  de  l'eau  ne  soit  en  concordance 
avec  l'extension  de  la  banquise. 

On  a  aussi  introduit  une  division  en  quadrants  qu'il  est  nécessaire  de 
rappeler,  bien  qu'empruntée  également  à  des  considérations  de  pure 
géodosio.  Elle  partage  en  effet  la  région  arctique  suivant  les  méridiens 
0°,  90°  et  180°.  Au  point  de  vue  biologique,  cela  est  certainement  moins 
acceptable  encore  que  la  délimitation  basée  sur  le  cercle  polaire,  celle-ci 
indiquant  au  moins  l'espace  soumis  au  régime  du  jour  et  de  la  nuit  de  six 
mois,  c'est-à-dire  un  phénomène  cosmique  très  susceptible  d'influencer 
les  conditions  de  la  vie.  Les  quadrants  ne  peuvent  donc  être  admis,  et 
même  à  titre  provisoire,  que  pour  grouper  géographiquement  les  points 
explorés,  sous  la  réserve  expresse  qu'ils  ne  répondent  nullement  à  des 
divisions  biologiques  naturelles. 

Les  dénominations  par  lesquelles  on  les  a  d'abord  désignés  :  quadrants 
américain,  africain,  australien,  pacifique,  étaient  simplement  géogra- 
phiques. On  leur  a  substitué  plus  tard,  en  suivant  le  même  ordre  dans 
lequel  ils  viennent  d'être  énumérés,  les  noms  de  :  quadrants  de  Weddell, 
d'Enderby,  de  Victoria,  de  Ross.  Quelque  louable  qu'il  soit  de  consacrer 
ainsi  le  souvenir  de  grands  hommes  ou  de  grandes  découvertes,  ce 
changement  a  un  double  inconvénient.  En  premier  lieu,  il  exige  un  effort 
de  mémoire  difficile,  puisque  ces  noms  nouveaux  reposent  sur  une  notion 
historique,  par  suite  beaucoup  moins  simple  dans  le  cas  actuel  que  la 
notion  géographique,  d'autant  que  ces  navigateurs  ont  pour  la  plupart 
visité  plusieurs  de  ces  quadrants  et  y  ont  fait  des  découvertes.  L'incon- 
vénient est  d'une  évidence  telle  que  M.  Dollo,  par  exemple,  dans  le 
cours  de  son  travail,  a  le  soin  de  citer  d'ordinaire  les  deux  noms  à  la 
suite  l'un  de  l'autre.  En  second  lieu,  ces  dénominations  peuvent,  avec 
quelque  raison,  être  taxées  d'arbitraires,  et  par  exemple  le  quadrant 
Victoria  ne  mérilerait-t-il  pas  mieux  le  nom  d'Adélie,  ou  plus  légitime- 
ment encore  celui  de  Dumont  d'Urville,  qui  découvrait  cette  dernière 
terre  en  1840,  tandis  que  la  Terre  Victoria  n'était  reconnue  par  Ross 
qu'en  1841.  Les  dénominations  géographiques  premières  méritent,  sans 
aucun  doute,  d'être  conservées,  tant  qu'on  n'aura  pas  trouvé  de  division 
meilleure  que  cette  division  en  quadrants,  dont  l'imperfection  ne  fait  de 


4  POISSONS. 

doute  pour  personne.  Comme  le  dit  très  justement  M.  Dollo,  il  est 
impossible  de  prétendre  tracer  aujourd'hui  des  provinces  biogéogra- 
phiques définitives. 

L'historique  des  recherches  faites  sur  l'ichtyologie  dans  la  région 
australe  a,  je  l'ai  dit  plus  haut,  été  exposé  par  l'auteur  que  je  viens 
de  citer,  avec  un  soin  minutieux,  depuis  le  plus  ancien  voyage,  celui  de 
Magellan,  jusqu'à  ceux  du  «  Southern  Cross  »  et  du  «  Belgica  »,  qui  nous 
conduisent  aux  premières  années  du  nouveau  siècle.  On  ne  peut  donc 
que  renvoyer  à  ce  consciencieux  travail  pour  ce  qui  concerne  ce 
sujet. 

M,  Dollo  a  établi  pour  cet  exposé  une  division  en  rapport  avec  sa 
conception,  indiquée  plus  haut,  du  partage  de  la  Région  antarctique  en 
Sous-Régions  cyclo-polaire  et  magellanique.  Dans  le  cas  particulier, 
ceci  peut  avoir  sa  raison  d'être,  jusqu'à  un  certain  point,  pour  la 
comparaison  avec  les  lieux  où  ont  été  exécutées  les  pèches  du  «  Bel- 
gica »  ;  mais  la  réunion  de  ces  deux  chapitres  en  un  seul  eût  présenté 
certains  avantages  pour  la  clarté  du  sujet  dans  un  exposé  didactique  et 
évité  quelques  répétitions.  Quoi  qu'il  en  soit,  ce  résumé  historique  doit 
fixer  l'attention  et  facilitera  beaucoup  les  travaux  ultérieurs  sur  l'ich- 
tyologie de  ces  contrées. 

Les  conditions  dans  lesquelles  s'est  accompli  le  voyage  du  «  Belgica  » 
n'ont  permis  de  faire  que  des  récoltes  ichtyologiques  peu  abondantes. 
En  premier  lieu,  dans  l'archipel  de  Magellan,  on  a  pris  21  individus 
représentant  7  espèces  réparties  en  6  genres,  appartenant  à  5  familles. 
Aucun  type  nouveau  n'est  signalé,  c'est  une  simple  confirmation  de  ce  qui 
nous  était  connu  dans  ces  localités. 

Pour  la  Région  cyclo-polaire  de  M.  Dollo,  les  captures  sont  encore 
moins  nombreuses  :  8  individus,  ou  plutôt  8  objets  ichtyologiques, 
recueillis;  mais  ils  représenteraient  5  espèces  nouvelles,  réparties  en 
autant  de  genres,  dont  3  nouveaux  appartenant  à  la  famille  des  Notu- 
theniidx^  caractéristique  de  la  région.  Ce  sont  : 

(1)  Lduis  Dollo,  1904,  Résultats  du  Voyage  du  «  S.  Y.  Relgica  »  en  1897-1898-1899,  sous  le  com- 
mandement de  A.  de  Gerlache  de  Goiiieiy.  Zoologie,  Poissons,  p.  5. 


POISSONS.  5 

Famille  Nototheniid.e.  Espèce  Crijodrara  nntarcticus  n.  g.  etsp.,  1  individu. 

—  —  —       Gerlachca  nuslra/is  n.  g.  et  sp.,  1  individu. 

—  —  —       Racovilsain  f/lacialis  n.  g-,  et  sp.,  i  individu. 

—  MAcnuniD.K.  —      Nematonurus  Lecoinlei  n.  s).,2mdWàus. 

—  Rajid.e.  —      /?ay« -Irc^oHis/cà' n.  sp.,  3  coques  d'œufs. 

Pour  la  [)remière  de  ces  espèces,  il  est  difficile  d'admettre  que  le  genre 
Cjjodnico  soit  réellement  distinct  du  genre  Pagetodes  de  Richardson,  que 
M.  Dollo  cite,  avec  doute  il  est  vrai,  dans  la  synonymie.  Certainement  le 
genre  de  l'ichtyologiste  anglais  n'est  qu'imparfaitement  connu  par  un 
dessin  qu'on  n'a  pu  pousser  aussi  loin  qu'il  eût  été  désirable,  l'exem- 
plaire, par  accident,  ayant  été  perdu.  Toutefois,  en  comparant  la  figure 
donnée  par  M.  Richardson,  figure  reproduite  par  M.  Dollo  (I),  avec  colle 
donnée  par  celui-ci  de  son  Cnjodraco  antarcticus  (2),  les  rapports  sont 
frappants,  en  ayant  égard  à  la  forme  générale,  à  celle  de  la  tète,  aux. 
accidents  de  l'opercule,  à  la  forme  de  l'uroplère,  à  la  longueur  des  ven- 
trales et  à  leur  position,  à  la  distribution  des  teintes.  Sans  doute  la  hauteur 
des  nageoires  dorsale  et  anale  n'est  pas  assez  grande  ;  la  prolongation  de 
la  première  en  avant  est  exagérée,  au  moins  a-t-on  admis  à  tort  la  con- 
tinuité de  la  première  et  de  la  seconde  dorsales.  Quoi  qu'il  en  soit,  les 
caractères  génériques  principaux  parlent  en  faveur  d'une  identification, 
qui  simplifierait  d'autant  la  nomenclature. 

Une  seconde  remarque  est  relative  à  l'admission  du  Raja  Aixkiowskii. 
Cette  espèce  n'est  pas  en  efl'et  fondée  sur  l'étude  d'individus,  mais  sur 
trois  coques  cornées,  lesquelles  incontestablement  indiquent,  sur  le  point 
où  elles  ont  été  trouvées,  la  présence  de  Poissons  du  genre  Ftaja^  ou 
d'un  type  voisin,  mais  qui  ne  peuvent  servir  à  caractériser  une  espèce. 
Dans  l'état  actuel  de  la  science,  la  forme  de  ces  coques  d'œufs  d'Elas- 
mobranches,  dont  M.  Dollo  donne  un  tableau  avec  figures  très  com- 
plet (3),  permet  dans  bien  des  cas  de  les  rapportera  un  genre  déterminé, 
quoique, parfois,  Ginglymostoma^  Chiloscijtliiim,  Stegostoma^  par  exemple, 
la  chose  devienne  difficile  ou  même  impossible.  C'est  aussi  exception- 
nellement que,  dans  les  collections,  ces  coques,  qui  y  sont  cependant 

(1)  DoLi.0,  rJ04,  p.  8,  lif:.  1. 

(2)  Spécialement  si  on  consulte  la  figure  1  do  la  planche  III,  où  l'animal  est  représenté  de  gran- 
ilfiir  naturelle.  La  jilanche  I  le  figure  grossi  du  double,  ce  qui  rend  la  similitude  moins  évidente. 

(3)  UoLi.o,  1904,  l'I.  IX. 


6  POISSONS. 

très  abondantes,  portent  des  déterminations  spécifiques  certaines,  et,  par 
exemple,  pour  les  Raies  de  nos  côtes,  combien  en  connaissons-nous  dont 
les  œufs  soient  convenablement  déterminés  et  puissent  servir  à  recon- 
naître les  espèces?  Dans  le  cas  spécial  qui  nous  occupe,  peut-on  affir- 
mer que  ces  coques  n'ont  pas  été  déposées  par  une  Raie  déjà  connue  ? 
On  en  signale  de  la  Région  magellanique  deux,  plus  un  Psmnmohatis, 
genre  très  voisin  qui  pourrait  bien  produire  de  semblables  coques.  Sans 
doute  M.  DoUo  fait  observer  que  la  distance  qui  sépare  le  point  où  ont 
été  pêchées  ces  coques  des  côtes  où  se  rencontrent  ces  Rajidœ  est  au 
moins  de  14°  de  latitude,  avec  de  grandes  profondeurs  intermédiaires, 
qu'ils  ont  été  pris  par  500  mètres  de  fond  :  ce  sont  là  certainement  des 
présomptions,  mais  ce  ne  sont  que  des  présomptions.  D'autre  part,  ad- 
mettons que  de  cettelocalité  visitée  par  le  «  Belgica»,  où  d'une  localitéplus 
ou  moins  voisine,  on  ramène  une  Raie  d'espèce  nouvelle,  devra-t-on  lui 
appliquer  de  prime  abord  ce  nom  de  Raja  Arciowskii?  Si  on  découvre, 
d'autre  part,  plusieurs  espèces  dans  les  mêmes  conditions,  laquelle 
choisir  ?  L'auteur  veut  éviter  par  ce  nom  spécifique  une  périphrase 
gênante  pour  les  citations,  la  dénomination  «  Raja  sp.  du  Belgica  »  ne 
paraîtrait  pas  beaucoup  plus  embarrassante  et  aurait  l'avantage  de  ne  pas 
introduire  dans  la  nomenclature  un  nom  spécifique  inutile,  puisqu'il  se 
rapporte  à  un  type  indéterminé. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  remarques  sur  des  points  très  secondaires,  si 
le  Nematonurns  Lecointei  ne  fait  connaître  qu'une  espèce  nouvelle  d'un 
genre  déjà  établi,  les  trois  Nototheniidde  sont  des  plus  intéressants,  aussi 
bien  en  fixant  d'une  manière  définitive  les  caractères  du  genre  Pogetodes 
=  Cryodraco  qu'en  établissant  les  genres  Gerlachea  et  Racovitzaia,  ce 
dernier  si  remarquable  parla  présence  de  sa  poche  incubatrice  ventrale; 
tous  ajoutent  à  nos  connaissances  sur  la  famille,  avec  ces  descriptions 
de  types  jusqu'ici  mal  connus  ou  inconnus,  qui  présentent  des  affinités 
curieuses  avec  l'ancien  genre  Chœnichthys  de  Richardson. 

M.  Dollo  entre  dans  de  longs  développements  sur  ce  qu'il  appelle  la 
bionomie  des  différents  groupes  et  cherche  à  en  faire  ressortir  des  consi- 
dérations générales  en  faveur  de  l'hypothèse  transformiste.  Il  peut  pa- 
raître prématuré,  sur  des  matériaux  aussi  peu  nombreux  et  à  propos  de 


POISSONS.  7 

régions  où  règne  encore  une  si  grande  obscurité  en  ce  qui  concerne  la 
faune  ichlyologique  el  les  conditions  océanographiques,  de  tenter  de 
semblables  généralisations. 

Ce  qui  rendra  toutefois  l'ouvrage  de  M,  DoUo  des  plus  précieux  pour 
les  études  ultérieures,  c'est,  en  dehors  des  découvertes  nouvelles,  la  quan- 
tité des  renseignements  bibliographiques  qu'il  contient  :  aucun  n'a  été 
négligé.  Ajoutons  qu'on  y  trouve  des  tableaux  récapitulatifs  des  espèces 
avec  leurs  distributions  géographiques,  d'excellentes  planches  et  des 
cartes,  dont  une  surtout,  indiquant  les  différentes  localités  de  la  Région 
antarctique  où,  jusqu'en  1899,  ont  été  trouvés  des  Poissons  (1),  est  parti- 
culièrement intéressante  ;  sans  doute  la  forme  aphoristique  qu'affectionne 
l'auteur  rend  parfois  la  lecture  du  texte  quelque  peu  pénible,  mais 
l'ensemble  n'en  constitue  pas  moins  un  travail  d'une  haute  valeur. 

Une  publication  postérieure  à  la  précédente,  celle  de  M.  Einar 
Lônnberg,  sur  les  Poissons  de  l'Expédition  suédoise  au  pôle  Sud,  n'est  pas 
moins  importante  pour  fixer  nos  idées  sur  la  faune  ichtyologique 
de  ces  contrées  australes.  L'auteur  s'est  spécialement  attaché  à  faire 
connaître  pour  chaque  localité  les  espèces  qui  y  ont  été  recueillies,  et 
elles  sont  nombreuses. 

En  premier  lieu,  des  recherches  ont  été  faites  à  la  Terre  de  Feu  et  à 
l'île  des  États,  puis  aux  îles  Falkland,  au  banc  Burdwood,  enfin  à  la  Géorgie 
du  Sud,  que  l'auteur  réunit  avec  les  localités  précédentes  dans  la  Sous- 
Région  magellanique.  Quoique  ces  points  aient  été  sans  doute  plus  explo- 
rés, M.  Lônnberg  y  signale  un  nombre  relativement  important  d'espèces 
non  connues,  dont  une  constitue  un  genre  nouveau  : 

Famille  Discobolid.e,  Espèce  Careproctus  georgianus  n.  sp.  (Géorgie  du  Sud). 

—  Traghinid-e.        —      Nololhenia  Kcrlandreœ,  n.  sp.  (Terre  de  Feu). 

—  —  —  —        dubin  n.  sp.  (Géorgie  du  Sud). 

—  —  —  —        brevipes  n.  sp.  (Iles  Falkland). 

—  —  —  —        brevicauda  n.  sj).  (Terre  de  Feu). 

—  —  —  —        Larseni  n.  sp.  (Géorgie  du  Sud). 

—  —  —  —        gibberifrons  n.  sp.  (Géorgie  du  Sud). 

—  —  —  Champsocep/talus  Gunnari  n.  sp.  (Géorgie  du  Sud). 

—  —  —  Arledidraco  mirus  n.  g.  et  sp.  (Géorgie  du  Sud). 

(I)DOLLO,  1904,  l'I.  11. 


8  POISSONS. 

On  a  d'ailleurs,  en  outre  de  ces  9  poissons,  rapporté  23  espèces 
déjà  décrites,  dont  plusieurs  sont  regardées  comme  méritant  d'être  dis- 
tinguées à  titre  de  sous-espèces  ou  de  variétés. 

Famille  Gadid.*:.  Espèce   Miirœnolcpis    marmoratus    Giinthcr  :    subsp.    inicrops. 

(Terre  de  Feu  et  Géorgie  du  Sud). 

—  Lycodid^.  —      Iluocœtes  fimbrintiis  Jenyns  :  subsp.  fasciatus  (Terre  de 

Feu,  îles  Falkland). 

—  TRACHiNiDiE.        —      Notothenia  7nis:ops  Gunther  :  var.  nudifrons  (Géorgie 

du  Sud). 
~  —  —      Notothenia  macrocephala  Gunther  :  subsp.   marmorata 

(Géorgie  du  Sud). 

—  —  —       Trematomus  Ilansoni    Boulenger  :  subsp.    geo^gianus 

(Géorgie  du  Sud). 

—  —  —       Trematomus  Bernacchii    Boulenger  :  subsp.     vicarius 

(Géorgie  du  Sud). 

L'Expédition  a  pénétré  également  et  hiverné  dans  la  Sous-Région 
antarctique  proprement  dite.  Des  pèches  ont  été  faites  vers  le  63°  de 
latitude  sud  dans  le  détroit  de  Bransfield,  qui  sépare  les  îles  Shetland 
du  sud  de  l'extrémité  nord-ouest  de  l'Antarctide  (Terres  Louis-Philippe  et 
Palmer)  ;  à  l'est  de  ce  même  continent  :  à  l'île  Paulet,  63°  latitude  sud, 
55-50'  longitude  ouest;  à  l'île  Seymour,  64°  latitude  sud,  56° 40'  longitude 
ouest;  à  Snow  Hill,  64° 40'  latitude  sud,  57°  longitude  ouest.  Le  nombre 
des  spécimens  et  des  espèces  est  moindre,  d'autant  que  la  plus  grande 
partie  de  ces  collections,  celles  en  particulier  recueillies  dans  le  détroit 
de  Bransfield,  ont  été  perdues  avec  le  navire  1'  «  Antarctic  ». 

Les  individus,  au  nombre  de  23,  qu'on  a  pu  étudier,  tous  appartenant 
à  une  même  famille,  comprennent  7  espèces,  réparties  en  5  genres,  si 
l'on  distingue  des  Notothenia  les  Trematomus  : 

Famille  Trachinid^.    Espèce  Notothenia  Nicolai  Boulenger  (Ile  Seymour). 

—  —  —      Notothenia  mizops  Gunther,  var.  nudifrons  (Gap  Sey- 

mour, Snow  Hill). 

—  —  —      Notothenia  LarsenilubnnbGTg  l^now  {\). 

—  —  —       Trematomus  Neicnesi  Boulenger  (Ile  Paulet). 

—  —  —      Chuniichthys  rhinoceratus  Richardson  :  subsp.  hainalus 

(Snow  Hill). 

—  —  —      Artcdidraco  Skottsbergi  Lônnl)erg  (Snow  Hill). 

—  —  —      Pleuragramma   antarcticum  Boulenger  (Terre  Jason). 

Sauf  ce  dernier  Poisson,  trouvé  dans  l'estomac  d'une  espèce  de  Phoque 
[Leptonychotes  Weddelli),  les  autres  ont  été  péchés  à  la  ligne. 


POISSONS.  9 

On  doit  ('yalcMiiont  signalor  les  chapitres  où  M.  Loniibei-t;  a  réuni 
ses  observations  sur  l'appareil  digestif  et  sur  la  reproduction  chez  les 

NoTOTlIENlIDyE. 

Le  premier  a  été  examiné  sur  les  Trematomus^  les  Notolhenia^  les 
('hnmpsocephfilus  deux  figures  le  t'ont  connaître  chez  le  Trematomus 
Hrmsoni  snhs[).  georgianns  et  le  Champsoceplialns  Gimnari.  La  conclusion 
de  cette  étude  serait  que  les  Notoikenia  sont  essentiellement  carnivores, 
l't,  si  l'on  rencontre  parfois  dans  leur  tube  digestif  des  fragments 
d'algues  ou  d'autres  végétaux  marins,  il  faut  voir  là  un  fait  purement  acci- 
dentel ;  l'argument  principal  de  l'auteur,  —  et  l'on  ne  |)eul  en  contester 
la  justesse,  —  est  que  ces  débris  sont  également  non  digérés,  qu'on  les 
prenne  dans  l'estomac  ou  dans  les  parties  les  plus  reculées  de  l'intestin. 

Quant  à  la  reproduction,  c'est  en  examinanll'état  de  maturité  des  nnifs 
dans  des  individus  appartenant  à  différentes  espèces  que  M.  Lônnberg 
est  arrivé  à  établir  le  moment  probable  de  la  ponte.  Il  y  a  toutefois  une 
distinction  à  établir  dans  la  valeur  des  observations,  qui,  naturellement, 
n'ont  pu  être  faites  que  pendant  la  saison  de  l'hivernage,  c'est-à-dire  pen- 
dant les  mois  d'avril  et  mai  (fin  de  l'automne  austral),  juin,  juillet  et 
août  (hiver  austral).  Tantôt  on  a  trouvé  les  femelles  avec  des  œufs  très 
développés,  prêts  évidemment  à  être  pondus,  on  a  là  une  observation 
de  valeur  positive;  d'autres  fois,  c'est  au  contraire  en  constatant  la 
présence  d'ovaires  à  œufs  très  peu  développés,  d'où  l'on  induit  que  la 
ponte  doit  avoir  lieu  dans  une  autre  saison;  l'observation  ne  fournit  plus 
ici  une  indication  aussi  précise.  L'auteur,  d'ailleurs,  donne  pour  chaque 
Poisson  les  renseignements  les  plus  détaillés,  et  l'on  peut,  d'après 
ces  données  s'appliquaut  à  onze  espèces,  admettre  que  la  ponte  aurait 
lieu  de  la  manière  suivante  pendant  les  saisons  de  cet  hémisphère  austral, 
au  printemps  (24  septembre  au  22  décembre,  dates  prises  pour  1902)  : 
Nenstoma  macrocepJiala  subsp.  marmorata,  Trematomus  Hansoni  subsp. 
georgianns,  Artoilidraco  mirus  —  en  été  (22  décembre  au  21  mars): 
Notothenia  coriiceps,N.brevipefi,  i.gibherifroi}s  — en  automne  (21  mars 
au  22  juin)  :  Notothenia  mizops  var.  ?indifrons,  N.  Larseni,  Champsoce- 
pJialus  Gunn(iri  — en  hiver  (22  juin  au  24  septembre)  :  Nototlienin  sirna, 
N.  })revipes. 

Ej-pcdiliun  Cliarcol.  —  Vaillant.  —  l'oissons.  2 


10  POISSONS. 

La  grosseur  des  œufs,  dans  certaines  ospècos,  le  CliampfionephalHS 
Giomari,  V Artedidraco  mirus,  par  exemple,  indique  assez,  suivant 
l'auteur,  qu'ils  sont  démersaux;  mais  il  doit  en  être  de  môme  pour  les 
œufs  des  diverses  espèces  de  Nototheiiia,  pondus  en  automne  et  en  hiver, 
d'après  les  déductions  ingénieuses  de  l'auteur,  auquel  je  ne  puis  que 
renvoyer. 

Ces  remarques  anatomo-physiologiques,  basées  sur  d<'s  faits  positifs 
d'observation,  malgré  les  réserves  de  M.  Lônnberg,  (jui  reconnaît  lui- 
même  qu'elles  sont  encore  trop  peu  nombreuses  et  n'ont  pu  être  pour- 
suivies pendant  assez  longtemps,  ne  nous  en  fournissent  pas  moins 
des  données  intéressantes  pour  servir  de  l)ase  à  l'étude  éthiologique 
des  Poissons  antarctiques. 

Les  recherches  ichtyologiques  à  bord  du  «  Français  »  ont  été  spé- 
cialement faites  à  l'île  Booth  Wandel,  c'est-à-dire  à  la  baie  Charcot, 
lieu  de  l'hivernage,  vers  65°  de  latitude  sud  et  64°  de  longitude  ouest; 
puis  à  l'île  Wincke,  située  plus  au  nord,  et  à  l'île  Hovgaard,  un  peu  au 
sud-est  de  l'île  Booth  Wandel.  Des  Poissons  ont  également  été  pris  plus 
au  sud,  à  la  terre  de  Graham,  par  66°  30'  de  latitude  sud  et  à  peu  près 
68°  de  longitude  ouest.  Toutes  ces  localités  peuvent  être  considérées  comme 
dépendant  de  l'Antarctide  et  se  trouvent  dans  la  région  antarctique 
proprement  dite,  étant  de  plus  situées  dans  le  quadrant  américain. 

Les  récoltes  ont  eu  lieu  du  mois  de  mars  1904  au  mois  de  février  1905. 

D'après  le  catalogue  remis  par  M.  Turquet,  chargé  spécialement  des 
études  zoologiques,  catalogue  dans  lequel  se  trouvent  cinquante-trois 
numéros  correspondant  à  autant  de  bocaux  ou  d'individus  préparés  en 
peau,  on  peut,  jusqu'à  un  certain  point,  juger  de  l'importance  des 
captures  pour  chaque  station  à  chaque  jour  : 

Ile  Booth  Wandel  :  Mars:  5  (1  nuni.). 

—  Avril  :  5  (1  num.),  8  (1  num.),  15  (2num.),  19  (13  luiin.). 

—  Mai  :  3  (2  num.),  27  (1  num.). 

—  Juin  :  4  (2  num.). 

—  Juillet  :  18  (3  num.),  28  (1  num.). 

—  Octobre  :  10  (3  num.),  20  (1  num.),  28  (1  num.),  29  {?,  num.). 

—  Novembre  :  8  (1  num.). 

—  Décembre  :  13  (1  num.),  14  (1  num.). 


POISSONS.  l' 

Ile  llovgaurd.  Octobre  :  29  (1  inini.). 

Ile  Wincke.     Décembre  :  27  (1  num.',  29  (2  mim    . 

—  Janvier  :  5  (9  num.). 

—  Février  :  G  (1  num.). 
Terre  de  Urahani.  Janvier  :  12  (1  num.). 

Les  Poissons  collectionnés  sont  relativement  nombreux  :  125  individus 
environ,  résultat  d'autant  plus  satisfaisant  ([ue  les  enf:;ins  dont  on  a  pu 
faire  emploi  n'étaient  ni  aussi  parfaits,  ni  aussi  variés  qu'il  eût  clé 
désirable,  car,  en  dehors  de  quelques  spécimens  pris  sur  la  plaide  ou  dans 
la  banquise,  c'est  à  la  liync  surtout,  puis  au  chalut  et  au  tramail,  que 
les  captures  ont  été  faites,  sans  qu'on  ait  pu  aller  au  delà  de  40  mètres 
de  profondeur. 

Les  espèces,  comme  depuis  longtemps  la  remarque  en  a  été  faite,  sont 
peu  nombreuses;  en  revanche  et  pour  quelques-unes  d'entre  elles,  en 
particulier  dans  le  genre  Nototheuia^  l'abondance  des  individus  est 
extrême.  En  somme,  dans  un  sens  absolu,  les  Poissons  paraissent  très 
abondants,  malgré  la  rigueur  du  climat,  et,  à  plusieurs  reprises,  les 
explorateurs  ont  observé  des  bancs  de  Poissons  morts  en  (juantité  pro- 
digieuse passant  à  la  dérive  le  long  des  flancs  du  navire. 

Une  autre  remarque  qui  n'cstpas  spéciale  à  l'Expéditondu  «Français», 
—  (';ir  presque  tous  les  naturalistes  qui  ont  eu  l'occasion  d'étudier  des 
Poissons  venant  de  ces  régions  s'en  sont  plaints,  et  moi-même  autre- 
fois (1),  —  c'est  l'état  de  conservation  généralement  très  médiocre  ou 
môme  mauvais  des  exemplaires,  par  suite  indéterminables  et  ne  pouvant 
être  conservés. 

Dans  la  collection  actuelle,  la  chose  s'explique  dans  un  certain  nombre 
de  cas  par  des  circonstances  particulières.  Ainsi  plusieurs  individus  ont 
été  retirés  de  l'estomac  de  Phoques;  un  dé  ces  Mammifères  entre  autres, 
d'après  les  notes  de  M.  Turquet,  n'en  avait  pas  englouti  moins  d'une 
soixantaine.  Une  autre  fois,  c'est  dans  le  nid  d'un  Cormoran  qu'on 
rencontra  des  Poissons.  Enfin  de  l'estomac  d'un  grand  Notolhenut  coru- 
cejts  deux  furent  retirés.  Le  plus  habituellement,  ce  sont  des  animaux 
du  genre  Nototlienio  là  où  le  nombre  des  proies  était  si  considérable,  il 

(1)  Léon  Vaillant,  1801.  —  ilission  scicnlifquc  du  cap  Ilorn,  1882-188+,  (.l,  l'"  parlic,  ('.,  p.  1  0 
noie. 


12  POISSONS. 

s'y  trouvait  mélangés  quelques  Chivuichthys  E,sox.   On  comprend  que 
les  animaux  aient  été  alors  altérés  par  l'action  des  sucs  digestifs. 

D'autres  fois,  cette  raison  ne  peut  être  invoquée,  et  cependant  des  indi- 
vidus recueillis  soit  sur  la  plage  [Notothe^iia  coiiiceps,  Coll.  Mus.  0(3-106, 
107),  soit  à  la  ligne  de  fond  [Dissostichus  eleijinoides,  Coll.  Mus.  06-1  iO 
à  143),  quoique  paraissant  au  premier  abord  en  très  bon  état,  se  mon- 
trent, après  examen,  altérés  au  point  que  la  peau  dans  toute  son  épais- 
seur se  détache  au  moindre  contact,  laissant  à  nu  les  tissus  sous-jacents. 

D'après  les  détails  obligeamment  fournis  par  M.  Turquet,  les  exem- 
plaires, souvent  congelés  par  des  températures  très  basses,  étaient  d'abord 
plongés  de  suite  dans  un  alcool  approximativement  à  40°  centésimaux, 
puis  conservés  dans  une  nouvelle  liqueur  à  60°.  N'ont-ils  pas,  dans  ces 
circonstances,  été  soumis  à  une  dé^oagélation  trop  rapide,  favorisée 
peut-être  par  la  chaleur  produite  au  moment  du  mélange  de  l'alcool  avec 
l'eau  que  ces  exemplaires  pouvaient  contenir?  Il  ne  serait  pas  sans 
intérêt  de  contrôler  par  l'expérience  cette  explication  hypothétique  pour 
éclairer  sur  ce  point  les  explorateurs  futurs  des  régions  glaciales. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  nombre  des  espèces  recueillies  par  l'Expédition 
du  «  Français  »  serait  de  14,  réparties  en  6  genres,  tous  appartenant 
à  la  famille  des  Trachinid^,  comprise  avec  l'extension  que  lui  donne 
M.  Gùnther. 

Elles  sont  énumérées  dans  le  tableau  suivant  : 

TRACIIINID/E. 

Genre    Nototiienia   RichanJsoii. 

1.  A'otolhenia  sima  Richardson. 

2.  —  coriiceps  Richardson. 

;i.  —  cyaw'obrancha  Richardson. 

4.  —  elegans  Gùnther. 

5.  —  inisops  Gilnther. 
G.  —  acuta  Giiiilher. 

7.  —  (jibberLfrons  Lonnberg'. 

8.  —  microlepidola  Hutlon. 

Genre  Dissostichus   Smitt. 

9.  Dissostichus  eleginoidcs  Smitt. 


POISSONS.  13 


Genre   CH.f:NiciiTHYs    Ri("hardson 


10.  C/uunic/i/i/s  C/iarcoti  n.  sp. 

11.  —  Esux  Giiiitlier. 

Genre  Harpagifer  Richardson. 
1-'.  //iirjiagifer  ùispinis  Porster. 

Genre  Artedidraco  Lùnnberg-. 
i.j.  Artedidraco  Skoltsbergi  Lonnberg-. 

Genre  Pleuragramma  Bouleng-er. 
li.  l' le ur(i

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